Comment je suis devenu écrivain-donneur de gamètes

Tout a commencé au cours de la préparation de mon troisième roman, Charivari à Bucarest, pour lequel, comme pour les deux précédents, j’ai réalisé quantité de recherches.

Allez savoir comment, le hasard m’a conduit un jour sur le site dondespermatozoides.fr et j’ai tout de suite trouvé cette idée de don de gamètes fantastique pour l’un de mes personnages (Tudor) qui me paraissait avoir le profil idéal pour se lancer dans une telle aventure. Je me suis donc mis à creuser cette piste et à imaginer toutes sortes de péripéties autour de ce don.

Très vite cependant, l’idée de devenir moi-même donneur et d’apporter ma propre contribution à cette cause a commencé à germer dans mon esprit. Après tout, pourquoi me limiter à la fiction et ne pas passer à l’action ? Et puis, devenir candidat au don ne me permettrait-il pas aussi de vivre de l’intérieur cette procédure ?

Plus je lisais de la documentation sur le don de gamètes, plus je découvrais également à quel point étaient en réalité nombreux celles et ceux dont le désir de devenir parents rencontrait de douloureux obstacles. Un véritable parcours du combattant, parsemé d’échecs, de doutes, de frustrations… Mais aussi de tant de joie pour celles et ceux qui, grâce au don, étaient parvenus à leurs fins !

Bref, au-delà de mon besoin de documentation, il est également très vite devenu impossible pour moi, une fois conscient du fait que je pouvais aider ces personnes en faisant un simple don de spermatozoïdes, de ne pas agir.

Je peux, donc je dois. La logique est assez simple, c’est la même que j’applique en tant que donneur de sang ou de plasma.

J’ai donc très vite pris rendez-vous dans le centres d’étude et de conservation des œufs et du sperme humain (CECOS pour les intimes) le plus proche de mon domicile et ai entamé ce qu’on appelle un « parcours du don », soutenu par mon entourage, et accompagné, je tiens à le souligner, par une équipe médicale super bienveillante.

Je crois en effet qu’il est important d’insister sur cette information pour les hommes qui hésiteraient à passer à l’acte car j’ai l’impression qu’il existe encore dans notre société un certain malaise sur la façon dont les hommes font don de leurs gamètes. Sinon, ne serions-nous plus nombreux à le faire ? Dans tous les cas, messieurs, je peux vous dire qu’il n’y a aucune raison de vous sentir mal à l’aise ou de craindre quoi que ce soit. Tout se passe de façon très digne, encadrée et respectueuse. Et puis, rappelons-le, le don de spermatozoïdes est quand même le don le plus simple (voire carrément agréable) du monde ! On ne va quand même pas le déplorer !

Aujourd’hui, pour ma part, je suis fier et heureux de l’avoir fait, car quelques mois plus tard, mon don a été validé et mes spermatozoïdes peuvent désormais permettre à d’autres de concrétiser leur désir d’enfant.

Je dois également porter ici à votre connaissance le fait que mon roman, que j’ai entretemps achevé, parle finalement de tout à fait autre chose que de cette histoire. Mais alors, absolument rien à voir ! Pendant longtemps, j’ai trouvé cela très étonnant. Après tant de recherches et d’implication « physique » dans cette investigation, pourquoi n’en avoir rien gardé pour mon œuvre ?

Et puis, j’ai finalement compris un jour que mon geste, né au départ dans un besoin de nourrir mon imagination pour écrire mes petites histoires, avait au fur et à mesure de ce parcours changé de façon radicale d’objectif, et avait fini par n’avoir comme seul et unique but que celui de permettre à d’autres d’écrire leur propre histoire. Et pas n’importe laquelle puisqu’il s’agit en réalité de l’histoire de la vie, certainement la plus merveilleuse d’entre toutes.

Hé bien, le jour où j’ai fait ce constat, je peux vous assurer que je ne me suis jamais senti aussi humble en tant que romancier.

En revanche, en tant qu’homme, j’en ai ressenti un bonheur indescriptible !

C’est pourquoi, messieurs, si vous avez entre 18 et 44 ans et êtes en bonne santé, n’hésitez vraiment plus à passer à l’acte, et à faire le bonheur autour de vous par ce geste simple, solidaire et généreux qui vous remplira vous aussi de joie et de fierté !

Même si vous n’écrivez pas de romans,

même si vous ne voulez pas d’enfants,

faites au moins des parents !

#faitesdesparents

Publié par Sylvain Audet-Găinar

Sylvain Audet-Găinar, écrivain polyglotte, a fait des études de Lettres à Lyon, à Strasbourg et à Bucarest. Après avoir enseigné le français en Roumanie, il s'est distingué en tant que traducteur renommé de polars roumains avant de créer ses propres œuvres, dont "Du Rififi à Bucarest", "Micmac à Bucarest" et "Charivari à Bucarest".

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